C’est le plus beau mirador de Grenade. Après plusieurs années de restauration consciencieuses, il ré-ouvre enfin au public. La Silla del Moro, traduit littéralement par le siège de l’arabe, évoque de vieilles légendes romantiques.

 

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Vue sur l’Alhambra a partir de la chaise du maure (silla del moro)

Ancien bastion défensif de l’époque nasride, la Silla del Moro est un lieu étroitement lié à l’histoire sentimentale de Grenade. Il fait partie de l’Alhambra, bien qu’actuellement à l’extérieur de son enceinte, et il servait autrefois à défendre les canaux d’irrigation qui apportait l’eau à la cité palatiale. En amont des palais de l’Alhambra, sur la colline dite du soleil, il domine le Generalife et la vallée du Darro sur les versants de laquelle reposent les quartiers de l’Albaicin et du Sacromonte. C’était un lieu de rencontre pour les grenadins, un témoin des rendez-vous galants et un parc de jeu et de distraction pour les familles de la cité. Il renaît aujourd’hui de l’oubli après de conséquents travaux de rénovation.

Depuis ce lieu les vues sont inénarrables

La Silla del Moro est le plus beau mais aussi le plus original mirador de la ville, puisque depuis longtemps, personne n’y avait plus accès. Une enclave privilégiée depuis laquelle on observe non seulement l’Alhambra et ses Palais intérieurs, le lit du rio Darro et les maisons blanches de l’Albaicin, mais aussi les maisons troglodytes du Sacromonte gitan, son abbaye et plus au loin les collines de Valparaiso. Depuis la Silla del Moro, on contemple la Vega et les montagnes qui renferment à la manière d’un cirque la plaine du rio Genil, et qui conduisent à l’ouest en direction de Cordoue et Malaga.

L’origine du nom du lieu reste incertaine. A partir du 17e siècle, la Silla del Moro se fit connaître comme le château de Santa Elena. Le site fut ensuite le refuge d’un groupe d’ermites qui priaient aux alentours. Durant la domination française, il se convertit en plateforme d’artillerie et fut pratiquement ruiné suites aux explosions imposées par les troupes napoléoniennes en 1812, peu avant leur retraite.

Au milieu du 19e siècle, l’écrivain nord-américain Washington Irving contribua à la mythifier le site dans son œuvre Les contes de l’Alhambra, ses personnages prétendant dans l’un de ses contes que les arabes y cachaient d’éblouissants trésors qui n’avaient toujours pas été trouvés. Pour leur défense, il est vrai que sous la domination musulmane, aux alentours de la Silla del Moro étaient installés plusieurs dirigeants de la cour nasride et leur fincas.

De plus, on pense que la Silla était relié aux résidences palatiales de Dar al-Arusa et Alijares, desquelles elle pouvait s’approvisionner en eau. Les travaux de reconstruction commencèrent au milieu du siècle passé, après que Leopold Torres Balbas, un des plus importants conservateurs de l’Alhambra au long de son histoire, commença à travailler sur ses restes archéologiques en 1929. Les restes d’un escalier d’accès et d’une porte d’entrée à une grande tour, démolie depuis, furent le point de départ de la reconstruction du bastion.

En 1942, la municipalité de Grenade projetai sur le site la construction d’un mirador. Ce n’est qu’il y a quelques années que la fondation de l’Alhambra et du Generalife fit des pieds et des mains pour récupérer la Silla del Moro et se charger de ses travaux de restauration. Il reste encore beaucoup à apprendre sur elle. L’histoire et les descriptions qui ont pu être conservées sont postérieures à l’époque des gouvernements nasrides et apportent bien peu d’information sur la structure défensive et les fonctions qu’elle devait remplir au moment de sa construction au 14e siècle.