Avec ses façades qui cachent d’intimes patios décorés par des puits, ses tuiles recouvertes de massifs de géraniums, ce quartier historique du centre de Séville a fini par devenir aussi authentique et renommé que les monuments mêmes de la capitale andalouse.

La Calle Pimienta du Barrio de Santa Cruz

C’est d’ailleurs l’un des plus beaux quartiers de l’Andalousie, prototype des obsessions architecturales du sud de l’Espagne, théâtre de passions romantiques, dans un dédale de ruelles et de petites places ensoleillées, parfumées d’orangers. C’est l’arôme de Séville.

Durant les années d’occupation almohade, Santa Cruz était connu comme l’Alcazar (palais fortifié) de la Bénédiction, une petite plaine aux abords du Guadalquivir, entre les portes de Jerez et la porte de la Carne. Une pieuse tradition raconte que lorsque Séville tomba aux mains de Fernando III en 1248, les almohades livrèrent au monarque castillan la clé de la ville, et les juifs celle de la Juderia (quartier juif). Aujourd’hui, ces clés sont conservées dans le Trésor de la Cathédrale avec d’autres pièces qui ont contribué à exalter les mythes de Séville.

Tolède et Séville possédaient les juderias les plus peuplées. La relation entre chrétiens et juifs n’était pas des plus faciles, malgré l’idéal qu’évoque souvent cette période de cohabitation dans l’imaginaire collectif. En dépit d’un grand nombre de conversions, nombreuses furent les maisons remises aux chrétiens et les synagogues converties en églises, consacrées à cette époque à San Bartolomé, Santa Maria la Blanca ou à la Santa Cruz. C’est dans cette dernière église, qui donna son nom au quartier, que fut enterré le peintre Bartolomé Esteban Murillo. Il ne reste rien d’elle aujourd’hui. Elle fut démolie aux débuts du 19e siècle, lors de l’occupation française.

azulejos

La Cruz de la Cerrajeria

Une place lumineuse et parfumée, décorée d’une croix en fer forgé, porte le nom du quartier. La place de Santa Cruz est elle-même une croisée de chemins à deux pas des Jardins de Murillo et de la ruelle dite Callejon del Agua. C’est le lieu que choisissait le diplomate et romancier américain Washington Irving pour écrire lors de son séjour à Séville au début du 19e siècle.

Grille en fer forgé du barrio

Des ruelles étroites et fraîches vous permettent d’échapper au soleil brûlant de Séville en été. Elles donnent sur des patios qui semblent cacher des secrets inconfessables, des fenêtres grillagées de fer forgé et des portes qui constituent une énigme.

Le Callejon de Agua donne sur la Calle Juderia, aux façades violacées couvertes d’azulejos à grandes lettres, avec de l’autre côté des murs en pierres renfermant les salles de séjour des palais de l’Alcazar royale. Un passage sous des arcs et des voûtes en briques conduit au Patio de Banderas, où se découvre la Giralda.

Santa Cruz était un quartier à l’écart des autres jusqu’à ce qu’au 19e siècle une nouvelle bourgeoisie y posa les yeux. En 1929, alors que Séville préparait l’Exposition Ibéro-américaine, le quartier faillit disparaitre : la municipalité projetait en effet d’unir la plaza de la Virgen de los Reyes et le parc de Maria Luisa par de larges avenues. Ces constructions auraient rayé de la carte les places de Alfaros, Doña Elvira ou encore les rues Meson del Moro et Santa Teresa.

Le réseau de Paradores

La réorganisation du quartier fut prise en charge par le marquis Benigno de la Vega Inclan, premier commissaire du tourisme nommé par le roi Alphonse XIII. Vega Inclan, créateur du réseau national des Paradores de Tourisme d’Espagne, projeta un quartier historique qui petit à petit acquit le réalisme des grands symboles monumentaux de Séville.

Aujourd’hui, Santa Cruz est un quartier aux étroites maisons blanchies, rajeuni par des portes et des fenêtres qui jusqu’au premier tiers du siècle passé n’étaient pas là. Des pavements de galets, des carrelages et azulejos de la Cartuja décorent un ensemble de rues et de places de contes, élevé pour servir de terrain de jeu à des amours acharnées qu’un moderne Don Juan Tenorio incarnera mieux que personne, au détriment d’amantes souffrantes telle Doña Ines de Ulloa.

Un des patios de Santa Cruz – Séville